L’ambivalence de la culpabilité

L’ambivalence de la culpabilité
©Anaïs BAIXES Kinésiologue Nantes

L’ hyper culpabilité vient du pouvoir que l’on croit avoir sur les autres. S’en libérer c’est assumer notre responsabilité et reconnaître celle de l’autre.

Pour gérer la culpabilité de manière constructive il est important d’apprendre à la connaître.

Ressentir de la culpabilité est fréquent. Cette sensation, bien que désagréable, a son utilité et est nécessaire à la vie sociale. Lorsque celle-ci se manifeste de façon excessive et inadaptée alors elle devient délétère, nous empêchant d’exprimer pleinement qui nous sommes. Elle nous demande énormément d’énergie et ternit l’image que nous avons de nous-même.

 

 

Un apprentissage précoce

La culpabilité n’est pas innée. Elle apparaît avec la conscience de soi et des autres entre 18 et 24 mois.
Nous apprenons sa sensation lors de l’enfance, à des degrés divers en fonction de notre vécu.
L’enfant l’acquiert au fil des explications que ses parents lui donnent sur les conséquences de ses actes. Il comprend alors qu’il est responsable de la souffrance provoquée, et développe son empathie.
La culpabilité excessive chez l’adulte est souvent liée à une accumulation d’émotions désagréables vécues pendant l’enfance, qui ont pu être mal interprétées. Les très jeunes enfants ne font pas facilement la différence entre une difficulté qu’ils ont causée et une difficulté qu’ils observent. Cette mauvaise analyse entache l’image de soi et ancre une responsabilité exagérée.

 

 

Une émotion utile

La culpabilité est loin d’être à éviter à tout prix. C’est une émotion sociale, elle nous sert à apprendre à vivre avec les autres en définissant les limites du bien et du mal. Nous éprouvons de la culpabilité lorsque nous avons la sensation d’avoir causé du tord à autrui. Elle oblige à une auto-évaluation de nos actes.
Elle est nécessaire au développement du sentiment d’empathie avec lequel est est liée. Seul quelqu’un capable de se mettre à la place de l’autre peut en imaginer la souffrance.
L’absence de culpabilité et d’empathie caractérise des troubles du comportements de type psychopathique.
Lorsque nous ressentons de la culpabilité, notre objectif est de nous extraire de cette sensation pénible en nous donnant « bonne conscience ».
Ses conséquences positives seront donc la volonté de réparation et l’évitement de la transgression. On pourrait la qualifier « d’exhausteur d’altruisme ».

Elle nous conduit à être attentif à notre entourage et à repérer les effets de notre comportement sur les autres de manière à les modifier, voire à ne pas les reproduire.

     Elle impacte nos actions futures en diminuant le risque de récidive du comportement fautif.

La culpabilité est une émotion structurante, elle est un signe de bonne santé psychologique, jusqu’à ce qu’elle devienne envahissante.

 

 

Un sentiment trop présent

La difficulté apparaît quand la culpabilité se manifeste de façon inappropriée et trop fréquemment (consciemment ou inconsciemment).
Lorsque sa présence ne se justifie pas, nous nous trouvons dans l’impossibilité d’une réparation. Le mal être s’installe. Son ressenti devient alors excessif et chronique. Il peut amener à un risque de souffrir de dépression, d’anxiété ou de burn-out.

Le sentiment de culpabilité excessive mobilise beaucoup d’énergie psychique, car il suppose de réfléchir en permanence à son comportement, de réexaminer son processus de décision et de tirer des conclusions sur ce qui se serait passé si on avait eu un comportement différent.

Cette facette de la culpabilité ne nous fait pas avancer sur des voies raisonnables et empathiques, l’émotion devient alors « dé-constructive ».
Elle nous amène à des comportements envahissants du type :
-focaliser sur ses insuffisances,
-se sentir hyper responsable de tout,
-chercher toujours à être parfait,
-avoir besoin de tout contrôler,
-être très exigent envers soi,
-avoir l’impression de ne pas être à la hauteur ou de ne pas en faire assez,
-répéter des échecs…

« Je m’en veux, car je ne suis pas aussi bien que je le devrais. »
L’auto-culpabilisation nourrit la dévalorisation de soi. C’est un cercle vicieux, plus l’image que nous avons de nous-même se dégrade plus nous culpabilisons.

En réalité, nous nous octroyons un pouvoir qui n’existe pas. La culpabilité suscite une sensation de toute-puissance (la plupart du temps inconsciente) : il nous aurait suffit d’agir d’une certaine façon pour que le résultat ait été celui souhaité, indépendamment du choix des autres.

L’avantage à y trouver : se rassurer. Les pensées culpabilisantes rassurent et nous protègent d’une terrible réalité : nous sommes impuissants face aux décisions des autres.

En se convainquant que nous avons le pouvoir de modifier les événements, nous évitons de faire face à notre impuissance. Les choses ne se déroulent pas toujours comme nous le souhaitons et il arrive que nous ne puissions rien y faire ! C’est très inconfortable et peu sécurisant d’être confrontés ainsi à l’angoisse de l’incertitude.

Le processus inconscient qui se joue ici est le suivant : nous compensons notre impuissance par l’illusion de la toute-puissance.
Celle-ci implique de se rendre responsable du malheur des autres, d’assumer les conséquences de leurs décisions, de nier leur réaction émotionnelle.
« C’est de ma faute s’il réagit comme ça » devient une pensée automatique.
Dans ce cas, nous omettons un détail qui a toute son importance : le libre-arbitre de l’autre.
Son émotion est simplement causée par sa façon d’interpréter notre comportement.

C’est de cette culpabilité envahissante qu’il sera utile de se débarrasser car elle déforme la vision que nous nous faisons de nous-même et des autres, nous empêchant d’agir de façon spontanée.

 

 

Accepter et assumer

Pour se libérer d’une culpabilité qui n’est pas saine, il sera bon d’accepter que ce soit aux autres d’assumer les conséquences de leurs choix.
Accepter est une façon de lâcher prise car nous ne pouvons pas tout contrôler, notre influence existe mais ne la surestimons pas. Il est rare que l’on soit seul responsable d’une situation.

Par exemple, accepter de : différer, déléguer, lâcher certaines taches et revoir les priorités.
Reconnaître que l’on peut être débordé, que l’on ne pourra pas s’occuper de tout ne fera pas de nous une mauvaise personne, ne ternira pas notre image.

Reconnaître et assumer ses besoins et ses choix est fondamental dans le processus de responsabilisation.
Où est l’important et l’essentiel pour moi ? Quels sont mes ressentis? Qu’est ce qui est en jeu pour moi dans cette situation ?
S’autoriser à vivre ce que l’on souhaite, ce qui correspond vraiment à nos propres valeurs en dépassant le modèle familial dans lequel on a grandit.

 

Il est acceptable de culpabiliser, mais de façon modérée, temporairement, et pas sans raison justifiée.
Ecouter son sentiment de culpabilité, puis reconnaître que nous faisons de notre mieux, sont les deux principales étapes pour parvenir à un juste équilibre.

 

 

Sources :
Aurélien Graton : « La culpabilité, une émotion utile ? » (Cerveau et psycho n°109)
Isabelle Taubes : « A quoi sert la culpabilité ? » (Psychologies)
Anne Theurel, Amaya Roux et Édouard Gentaz : « Le développement de la culpabilité au cours de l’enfance. »
Sarah Famery : « Vivre sans culpabiliser : Accueillir sa culpabilité pour mieux s’en libérer. »
Yves-Alexandre Thalmann : « Au diable la culpabilité ! »